Aid Mubarak - Mon expérience au Ramadan 2021

J'ai toujours souhaité m'essayer au jeûne (sec, hydrique, intermittent) mais il m'a surtout toujours beaucoup manqué de volonté face à ma gourmandise pour passer le pas.


Cette année, au bureau, alors que la grande majorité de mes collègues se préparaient pour le ramadan 2021, je me suis dis "pourquoi pas".

Pourquoi ne pas s'essayer au ramadan, pour comprendre mes collègues, pour tester le jeune intermittent, pour profiter de l'accompagnement d'une communauté, pour analyser les effets sur mon corps et mon esprit ? Pourquoi pas !

Bien que je suis ce que certain considèrent comme athée, j'ai toujours porté beaucoup d'intérêt à la religion, d'ailleurs bien plus qu'à la politique... Alors pourquoi pas ?


C'est comme ça qu'à commencé ma très courte aventure de ramadan, qui m'a beaucoup appris sur moi mais pas seulement...

Je vous raconte mon expérience !

Au départ, je me suis fixé un objectif de 3 jours qui me paraissait challengeant pour une novice du jeûne mais assez raisonnable pour être atteint avec un peu de bonne volonté.


J'ai finalement tenu les premiers 5 jours, puis j'ai repris ultérieurement pour 3 jours.

Affichant un compteur total de 8 jours au lieu des 3 initialement prévus.

Ce n'est pas énorme certes, mais c'est déjà plus que ce dont je me pensais capable ! Première victoire personnelle !


J'ai décidé de tenir un petit journal de bord dans lequel je retranscrivait mes émotions et mes ressentis.


N.B. pour les non-musulmans : Pour les 5 premiers jours de mon expérience les horaires de jeûne étaient environ de 5h30 à 20h35, pour les 3 derniers jours de mon expérience ils étaient environ de 5h à 21H.

Soit des journées à plus de 15 heures de jeûne au total.

Jour 1 :

Mon corps physique est faible, mais mon énergie mentale étonnamment active et mes sentiments exacerbés.

Le dîner, pourtant tant attendu, me pèse terriblement sur l'estomac.

Ma première nuit me fait beaucoup transpirer, c'est l'élimination des toxines qui entre en scène !

Mes rêves sont étonnamment clairs et réels, comme jamais auparavant. Je distingue les visages, les lieux, rien n'est incohérent, tellement réel que j'arrive même à douter au réveil.


Jour 2 :

Le petit déjeuner m'offre de merveilleuses crampes à l'estomac et, pardonnez les détails, à l'utérus.

Durant la journée mon corps, mon esprit et mes émotions sont en paix.

Une grosse sieste de 3 heures après le travail et je suis prête pour le dîner et la nuit.

Je ne transpire plus la nuit, mes rêves restent eux, très conscients.


Jour 3 :

Une journée simple, mon corps semble s'habituer, et pour la première fois je ressens la faim à 10 heures, mais elle disparaît assez rapidement.

Mes rêves m'accompagnent toujours.


Jour 4 :

Aujourd'hui c'est télétravail, je n'ai pas l'appui de la communauté et mes vices reprennent rapidement le dessus.

Après une séance de Yoga, où mon corps physique me montre de grosses lacunes, je rompt le jeune à 15 heures, soit 5h30 avant l'heure autorisée.

Si l'on reprend tous les points précédents, je suis "athée", c'est une expérience qui n'engage pas ma foi musulmane, je m'étais fixé un objectif de 3 jours que j'ai accompli, et bien malgré tout je culpabilise d'avoir rompu mon jeûne plus tôt que prévu... !


Jour 5 :

Une journée facile, rien à signaler.

Je romps le jeune, en retard d'une quinzaine de minutes, cette fois-ci de façon traditionnelle pour la première fois (dates, chorba, bricks etc...).


A partir du sixième jour je fais une pause, c'est dimanche et c'est repas de famille chez mes parents. Je ne peux pas, et surtout je ne veux pas, y échapper !

Je ne reprendrai mon expérience que 10 jours plus tard avec une bonne dose de courage et de volonté !


Jour 6 :

C'est la reprise, elle se passe terriblement mal, mon corps n'est pas prêt du tout.

Mauvaise humeur et maux de tête, mes collègues me demandent - pour le bien être de tous - de rompre le jeûne à 11 heures.

Je m'exécute, et c'était plus que nécessaire !

Cette reprise est un échec cuisant, mais je suis prête à retourner au front le lendemain !


Jour 7 :

Tout le contraire de la veille, la journée est facile.

La nuit est de nouveau transpirante et je retrouve mes rêves clairvoyants. Plutôt étonnant !


Jour 8 :

La journée se déroule très facilement encore une fois, je ne ressens aucunement la faim, et quand vient l'heure de rompre le jeune je n'ai toujours pas faim... Après plus que 15 heures de jeûne !

Le corps à une capacité d'adaptation assez incroyable.

Si tu es arrivé(e) jusqu'ici je te félicite !

Ce n'était probablement pas une mince affaire que de lire ce calendrier !


Mais nous arrivons enfin à l'essentiel... Qu'est ce que ce ramadan m'a appris, sur moi, sur les autres et sur la société ?


Les enseignements de mon expérience "ramadan"


Le plus étonnant dans cette expérience c'est que j'ai appris sur les autres avant même d'apprendre sur moi.


J'ai très rapidement été reprise sur le terme "ramadan" par des connaissances non-musulmanes qui m'ont précisé que le terme n'était pas adapté à ma (non) confession religieuse.

Sur le papier, j'en conçoit, je ne peux pas appeler cette expérience un ramadan a proprement parlé car ce n'est pas ma religion, et que le jeûne n'est qu'une infime partie de ce que représente réellement le ramadan.

Mais c'est ainsi que j'avais décidé de l'appeler, car je l'ai fait entourée d'une communauté musulmane sur laquelle je me suis calquée sur leurs pratiques pour sentir la synergie dont j'avais besoin pour avoir la volonté de continuer.


A contrario, j'ai été encouragée par mes connaissances musulmanes dans cette démarche - pour lesquelles la désignation "ramadan" n'a pas posé problème malgré ma (non) confession religieuse - j'ai pu recevoir des conseils sur l'alimentation à adopter, comment écouter son corps, j'ai reçu des messages aux heures de repas etc...


J'ai reçu énormément de réflexion de proches qui me demandaient pourquoi je me convertissait à l'Islam ou bien pourquoi est-ce que je n'avais pas opté pour un autre type de jeûne religieux comme le Carême ?

Pour répondre à cette dernière question, si j'avais été entourée d'une communauté à 80% catholique, pratiquant le Carême, j'aurai très probablement essayé le Carême plutôt que le Ramadan, en l'occurence ce n'était pas le cas.


Mais j'ai aussi beaucoup appris sur moi, sur ma force de volonté bien plus forte que je ne le pensais, et sur la fierté que ça m'a procuré.

Au même titre que la légère frustration inesperée de ne pas avoir eu assez de force pour tenir le mois complet.


J'ai appris à plus écouter mon corps, et moins mon égo, j'ai appris à faire des pauses, à prendre du temps, à chercher plus loin dans mes retranchements, à découvrir mes limites.


J'ai appris à m'organiser, parce que croyez moi que lorsqu'on doit se préparer le petit déjeuner à 4h45 le matin, tout doit être optimisé !


J'ai aussi beaucoup appris sur mes insécurités, à travers ces rêves conscients qui m'ont placée dans les situations émotionnelles que j'appréhendais le plus.


Pour conclure, j'ai appris bien plus que je ne l'espérait.

C'est une expérience personnelle très enrichissante, mais surtout très "touchy" dans notre société actuelle.

Si une citation devait retranscrire mon ressenti face à cette expérience, ce serait celle de A. Einstein :

La connaissance s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information.

Je ne suis personne pour vous inviter, ou non, à avoir cette expérience, ou bien à la partager ou non.


En revanche, je vous invite grandement à faire tout ce qui attise votre curiosité et de vivre toutes les expériences qui vous chantent mais surtout d'en tirer, en toute franchise avec vous même, le meilleur des enseignements personnel.


Joyeuse fête de l'Ascension et Aid Mubarak à tous ceux qui tomberont sur cette petite note.


Namaste,

Chloé.



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